_ HO. HO. HO .
_ C’est bien, maître. Un peu plus enjoué peut être ?
_ HO, HO, HO … !
_ Ya dl’idée, ya dl’idée. Continuez comme ça.
Albert se dirigea vers la table garnie de pâtés et de navets ; ils disparurent aussitôt dans son gosier. Après s’être appliqué à déposer plein de suie dans le petit salon, la Mort quant à lui* entreprit de se débattre avec le coussin dissimulé sous sa robe rouge et blanche.
Le domestique saisit le papier abandonné près des victuailles et la tendit au Père Porcher de substitution :
_ Maître, v’la la lettre.
La Mort la parcourut avec une attention toute particulière. Voici ce qui y était inscrit :
« Chaire Père Porcher,
Je seis que je nai pa été toujour saje. Je seis ossi que vous nexisté pa vrémant mais Tante Fryda dis kille fot des foie faire samblent. Allor je voudré bien avoir toute la colle’aiction des histoare du diske monde. Jaime bocous loteur car il me fai révé ! Et rire ossi. Bocoue. Et d’aie yeure le livre numéraut 20, il parle de vou ! Sisi ces vrai, je vou assurt.
Voila, ces toup. Maireci davanse.
Abien teau. Rélie. »
La Mort resta un moment dubitatif.
_ Tout va bien, maître ? Lança Albert entre deux gorgées de cherry.
_ IL Y A UN PROBLEME.
_ Lequel ?
_ CETTE LETTRE. ELLE N’EST PAS… CONFORME.
_ « Conforme » ? Albert examina le courrier un bref instant, puis continua : Jvois pas c’que vous voulez dire par là, maître.
_ ELLE N’EST PAS D’ICI.
_ Comment ça… « pas d’ici ? » « Pas d’ici » comme « pas de cette maison » ? Ou bien… comme « pas de cette ville » ?
_ NON. PLUTOT COMME « PAS DE CET UNIVERS ».
* Pour la Nième fois, la Mort est de sexe masculin.
Voilà. Je ne pouvais pas mieux faire afin de vous exposer le bonheur ressenti à chaque fois que je me plonge dans un tome du Disque Monde. Je vous entends de là : « mais alors, ce n’est pas vraiment un hasard, ce choix de lecture, hein ? » Eh bien non. Les livres de Terry Pratchett ont depuis longtemps élu domicile dans ma bibliothèque personnelle, et je suis bien décidée à posséder un jour toute son œuvre. Pour ce qui est des Discworld, je pousse le vice à ne les acheter qu’en éditions Atalante (en pure fan des illustrations de Josh Kirby et de cette texture papier, soyeuse, légèrement granuleuse, tellement plus agréable au toucher que celle du livre pocket).
Bref, pour les non initiés, si la fantasy et l’humour anglais sont des choses qui vous attirent, foncez ! Je vous conseille les deux premiers de la série (« La huitième couleur » et « Le huitième sortilège ») qui constituent une seule et même histoire et dans lesquels vous ferez connaissance avec certaines figures emblématiques de ce monde burlesque. Pour le reste des annales, peu importe de les lire dans l’ordre, quoiqu’il est préférable de suivre une certaine chronologie afin de ne rater aucun clin d’œil.
En ce qui me concerne, je suis passée directement du volume 13 au volume 20 parce que j’adore le personnage de La Mort et que je ne pouvais pas attendre plus longtemps pour le découvrir en Père Porcher (comprenez une version du Père Noël propre au disque… La parodie, sous la plume de Pratchett, se transforme en or).
Pour ceux qui connaissent déjà l'auteur, que dire ? Je n’ai pas encore finalisé ma lecture – Laissez moi le temps d’en savourer tous les mots ! – mais je crois bien qu’il restera, après Mortimer, l’un de mes préférés de la série.
Ca chuchote...